Web Gallery of Art
"Prophets and Sibyls" (detail)
"Les Prophètes et les Sibyls"
1497-1500, Fresco
Collegio del Cambio, Perugia
Les quatre sibylles
reproduites à gauche sont:
- la sibylle de la cité côtière ionienne d'Érythrée
- la sibylle persique
- la sibylle de Cumes
- la sibylle libyque (Carthage)
The four sibyls on the left are:
The Eritrean, the Persian, the Cumean and the Libyan sibyls
Dans la
Grèce classique, la Sibylle est l’archétype de la
prophétesse et de la prêtresse. Femme sage et véhicule des
révélations divines, elle était à la fois le symbole de la
femme archaïque qui réunissait un grand nombre des attributs
qu’incarnaient dans l’antiquité les déesses-mères
du paléolithique, les Magna Mater
d’Orient et du monde classique
gréco-romain, comme Isis, Ishtar, Déméter et Atargatis.
L’oracle de la Sibylle d’Érythrée,
qui annonça au IIe siècle a. J. C. l’arrivée d’un âge d’or
de l’homme avec la naissance d’un enfant mis au monde par
une vierge, va permettre au christianisme de récupérer cette
figure, ainsi que l’oracle de la Sibylle, pour proclamer le
message de la deuxième venue du Messie. La tradition qui
consiste à célébrer le Chant de la Sibylle à Noël semble
avoir son origine musicale aux IXe et Xe siècles (Saint-Martial
de Limoges). Les visions apocalyptiques qu’il contient sont
tragiques et déchirantes, mais la musique qui les accompagne
est pleine d’harmonie et de magie: le début de chaque
strophe, avec une intervalle de quinte ascendante, nous
transporte à l’état d’écoute méditative d’un récit cosmique
et sacré.
Le Chant de la Sibylle fut chanté pendant des siècles par la
voix onirique d’un enfant, car les Pères de l’Église avaient
interdit aux femmes de le faire à l’intérieur des temples,
sauf dans les monastères de religieuses. Avec cette
interdiction se perdait la présence prophétique de la figure
féminine qui le proclamait. Le patriarcalisme de l’église
arrachait ainsi aux femmes la possibilité de transmettre la
parole divine. Grâce à ce chant millénaire, la lumière des
Sibylles – celle de Delphes, celle
d’Érythrée, celle d’Hellespont, la Persique, la Libyque, la
Cimmérienne, la Samienne, la Cumane, la Phrygienne et la
Tiburtine – est toujours vivante en la voix et la figure
féminines.
Aux sens de sagesse et de mysticisme de la
Sibylle vient s’en ajouter un
autre qui est profondément actuel : le sens écologique. Le
terrible message de la Sibylle est
dramatiquement présent, puisqu’il nous parle de la
destruction du monde, de l’irrespect envers une nature qui
disparaît, de la brutalité qui a porté l’homme à considérer
que la nature est une machine. La douleur et la menace qui
pèsent sur la vie de la terre sont
aujourd’hui plus prophétiques que jamais dans la voix de la
Sibylle.
MONTSERRAT FIGUERAS
The Sibyl
of Classical Greece is the archetypal woman as prophetess
and priestess. Wise woman and vehicle for divine revelation,
she also symbolises archaic woman, bringing together many of
the attributes which in ancient times were embodied in the
mother goddesses of the Paleolithic and the Magna Maters of
Eastern and Greco–Roman antiquity, such as Isis, Ixtar,
Demeter and Atargatis.
The figure of the oracle of the Erythrean Sibyl in the
second century BC, foretelling the advent of a golden age of
mankind ushered in by the birth of a child, the son of a
virgin mother, was used by Christianity to proclaim the
second coming of the Messiah. The tradition of performing
the Song of the Sibyl at Christmas seems to have had its
musical origins in 9th–10th centuries (Saint Martial de
Limoges). Although the apocalyptic visions expressed in it
are searingly tragic, the music is magical and full of
harmony: the beginning of each verse opens on an interval of
an ascending fifth, creating in us a meditative mood as we
listen to the sacred, spherical story.
For centuries, the Song of the Sibyl was traditionally sung
by the oneiric voice of a young boy. This was because women
were forbidden by the Church Fathers to sing in places of
worship, with the exception of female monasteries. The
result of this ban was that the prophetic female figure who
proclaimed the message was lost to us. The patriarchal
nature of the Church thus deprived women of the opportunity
to act as vehicles of the divine word. Thanks to this
ancient song, however, the light of the Delphic, Persian,
Libyan, Cumean, Erythrean, Samian, Cuman, Hellespontine,
Phrygian and Tiburtine Sibyls continues to live on in the
female voice and figure.
In addition to her dimensions of wisdom and mysticism, the
Sibyl has yet another profound and timely resonance: her
ecological message. The Sibyl’s devastating words are
dramatically relevant today, speaking as they do of the
destruction of the planet, of mankind’s lack of respect for
the vanishing natural world and of the brutality that has
led man to regard nature as a machine. Never has the voice
of the Sibyl, expressing anguish and fear for the threatened
life of our mother earth, been more prophetic than it is
today.
MONTSERRAT FIGUERAS
Translated by Jacqueline Minett
"...
Cant de la Sibil-la, qui illustre au-delà de toute contestation
l’autre facette du talent savallien, celle du redécouvreur et du
recréateur. On remonte ici en-deça même des textes des Xe au XIe
siècles qui résonnaient durant les mâtines de Noël, pour retrouver
assez certainement des liturgies enfouies, voire niées, provenant de
ces temps aujourd’hui inconcevables où paganisme et christianisme se
mélèrent à la surface des terres méditerranéennes
ce Cant de la Sibil-la, qui
illustre au-delà de toute contestation l’autre facette du talent
savallien, celle du redécouvreur et du recréateur. On remonte
ici en-deça même des textes des Xe au XIe siècles qui
résonnaient durant les mâtines de Noël, pour retrouver assez
certainement des liturgies enfouies, voire niées, provenant de
ces temps aujourd’hui inconcevables où paganisme et
christianisme se mélèrent à la surface des terres
méditerranéennes
ce Cant de la Sibil-la, qui
illustre au-delà de toute contestation l’autre facette du talent
savallien, celle du redécouvreur et du recréateur. On remonte
ici en-deça même des textes des Xe au XIe siècles qui
résonnaient durant les mâtines de Noël, pour retrouver assez
certainement des liturgies enfouies, voire niées, provenant de
ces temps aujourd’hui inconcevables où paganisme et
christianisme se mélèrent à la surface des terres
méditerranéennes
"Confrontant son instinct des hautes
époques à la méthode de l’archéologue, Jordi Savall a vu dans la
résurrection du « Cant de la Sibilla » l’occasion d’une nouvelle
aventure, d’un « retour aux sources à haut risque ». Soucieux d’une
perception dynamique du temps, « afin d’essayer de saisir l’instant
sans interrompre son devenir », il a opté pour une reconstitution
chronologique permettant de passer sans rupture du modèle latin
primitif - vision sobre, profonde, « émergeant de la nuit des
âges », sur un simple accompagnement de lyre, avec refrain du chœur
à l’unisson et à l’octave – à la Sybille provençale (et colorée
d’inflexions troubadouresques) du XIIIe siècle – avec accompagnement
de ‘oud (luth arabe) et refrains cantillés en faux-bourdon
par le chœur – puis à la Sybille catalane, chère au cœur du musicien
barcelonais. Aussi bien, cette version catalane sonne comme un
accomplissement qui assume le passé de l’œuvre et « entre de
plain-pied dans le spectacle des actions sacrées paraliturgiques ».
Travail orné d’étranges mélismes hors du temps, la mélodie écoutée
dans les versions précédentes y étant habillée d’une
« harmonisation » à trois et quatre voix dans les refrains,
conformément à des documents d’époque qui prouvent l’existence d’une
pratiquer polyphonique. Et enrichi d’austères sinfonie
instrumentales, car la participation d’instrumentistes est également
confirmée par les sources."
"Reste l’émotion qui s’en dégage. Portée
par la voix magique de Montserrat Figueras, « fragile étoile de
l’au-delà » dans le rôle de la Sybille, cette approche à l’abord
sévère trouble et fascine petit à petit. Comme en d’autres occasions
(Messes de Cererols et Vêpres de Monteverdi ….), le
chœur et les instruments de la Capella Reial sont ici des complices
exemplaires. Et Savall tient magnifiquement son pari d’être crédible
de bout en bout, proposant, sans jamais l’imposer, une vraie écoute
intérieure. "
"This
record gives us three versions of the Sybilline prophecy. The first,
called here the Latin Sybil, is a text from St. Augustine’s great
work, The City of God, that was sung as an addition to the
Christmas night Office. The second is a Provençal paraphrase of
the same, dating from the thirteenth century, and the third is a
Catalan version, dating from the early Renaissance. The last uses
polyphony, and it has survived into modern times as a Good Friday
observance, since the text speaks of the Savior coming to earth for
the last judgment, a theme that fits Good Friday even better than
Christmas."
”For anyone familiar with Figueras’s long series of recordings with
Savall … of secular early music, their recent venture into sacred
music (see Cererols, Fanfare 12:2) opens up new awareness of
their sympathies. Each of the prophecies is a solo, the verses
embellished with choral refrain and the spare use of instruments. The
soprano is incredibly lovely, the pathetic melodies soaring endlessly,
bounded by the punctuations of chorus and instruments. The
engineering, taken in a Romanesque church in Catalonia is
captivating…”
”This altogether unique collection deserves a special place where it
won’t be overlooked. It may be best to keep it for a quiet moment when
you won’t begrudge an hour given up to the profound and the
mysterious.”
The Erythrean Sibyl was one of the
pagan prophets that were cited by Christian writers (in this case, St.
Augustine) as witnesses to the coming of the Messiah. A homily
attributed to St. Augustine was read at Christmas Matins, and in the
10th century the Song of the Sibyl was sung during that Office. Later
it was used on Good Friday because of its relevance to the day of
judgment. Vernacular versions have been sung in polyphony since the
later Middle Ages.
This
disc first appeared as Astrée E 8705 (Fanfare
12:6), later reissued on Fontalis and now again in Super Audio. It
offers Latin, Provençal, and Catalan examples of the song. It was
followed by a second disc on Fontalis ES 9900 (20:6) containing
examples from Galicia and Castile. A third disc (incorrectly
characterized as the second in 23:1) on Alia Vox AV 9806 had
versions from Mallorca and Valencia, in all a total of seven
versions of the Song of the Sibyl. Montserrat Figueras is a superb
artist who every so often gives us an extraordinary program of
surpassing beauty such as this one, a point I made when I reviewed
Ninna Nanna
(26:6). The seven versions of the song are fascinating, but this
disc is the indispensable one of the three, for the first track is
the original Latin chant. Other recordings of this chant have all
been truncated, if I recall correctly, except Brigitte Lesne’s
lovely version (18:5), which is complete but takes half as long to
sing as Figueras’s expansive rendition. The two use different
sources, Lesne using BnF lat. 1018, while Savall mentions five
sources without indicating which one he has used.
The
whole disc is mesmerizing. If you don’t have it already, you will
find the surround sound captures the ambiance of Savall’s favorite
recording venue at Cardona very aptly. Figueras is backed by the
choral and instrumental capella most effectively. The 98-page
booklet is much more elaborate than the original issue. This disc is
a classic.
Goldberg
# 12 (08/2000)
Appréciation
Evaluation
Goldberg a cessé de publier
avec le # 54
~~~~~~
Goldberg is no longer available.
# 54 was the last issue.
Analyste: Maricarmen
Gómez Texte abrégé:
"Si au
cours de ces dernières années le Chant de la Sibylle a connu une
grande popularité parmi le publique mélomane, le mérite en revient
en grande partie à Jordi Savall et à ses 3CD consacrés à ce thème.
Le premier date de 1988 (Auvidis Astrée E8705) et contient une
version en latin de la Sibylle, une autre en provençal et une
troisième en catalan."
"La chose la plus importante dont il faille tenir compte lorsqu’on
écoute l’une des sept versions du Chant de la Sibylle enregistrées
par Savall est qu’il s’agit de recréations faites dans une optique
actuelle et non de reconstructions suivant fidèlement les sources.
Ce pari innovateur n’est pas encore tout à fait défini dans le
premier disque, mais par contre dans les deux suivants il recherche
et obtient l’impact sonore avec une grande justesse, faisant
abstraction de la vérité historique. Le plus séduisant de ces
versions sont les interventions du chœur, qui chante les parties du
refrain. Lorsqu’il utilise les harmonisations, qui sont d’Alonso de
Córdoba,
Juan de Triana ou Cristóbal de Morales dans le cas de la Sibylle
castillane, et d’Alonso de Mondéjar ou Bartolomé Cárceres pour celle
de Valence, nous nous trouvons en présence du meilleur Savall des
disques du Siècle d’Or espagnol consacrés au répertoire sacré. "
"Toutes les strophes des sept Sibylles sont
chantées en solo, avec un léger support instrumental, par Montserrat
Figueras, dont l’effort mérite tout notre soutien. Étant donné que
toutes ont la même musique, Savall relève le défi de les rendre
supportables le temps nécessaire, en introduisant çà et là des
touches d’effets spéciaux qui par moment sont presque
cinématographiques. On peut être d’accord avec le résultat ou ne pas
l’être, lui qui a fait des trois CD de Savall sur la Sibylle des
succès internationaux. "
“The
notable popularity of the Song of the Sibyl among music lovers in
recent years is largely due to Jordi Savall and his three CDs
exclusively devoted to it. The first dates from 1988 (Auvidis Astrée
E8705) and includes a version of the Sibyl in Latin, another in
Provençal and yet another in Catalan…”
” The most important thing to consider when listening to one of
Savall’s seven recorded versions of the Sibyl is that they are
recreations based on present-day criteria and not faithful
reconstruction of the sources. Savall’s innovative approach is still
not completely defined in the first disc, but he certainly seeks and
succeeds in making an impact in regard to the sound of the two
subsequent recordings, omitting or leaving historical veracity
aside. The most attractive feature of these versions lies in the
parts sung by the choir, which sings the refrain. The use of
harmonisations by Alonso de Córdoba, Juan de Triana and Cristóbal de
Morales in the case of the Castilian Sibyl, or those by Alonso de
Mondéjar and Bartolomé Cárceres in that of the Valencian versions,
bring to mind the best of Savall’s recordings of Spanish sacred
music of the Golden Age. Each and every verse of the seven Sibyls is
sung by Montserrat Figueras to light instrumental accompaniment– she
deserves maximum praise for her efforts. Given that all the versions
contain the same music, Savall tries to make them more attractive by
introducing special effects here and there that sometimes border on
the cinematographic. Whether you are in agreement or not with the
final result, it is up to the public to judge. Savall’s three discs
devoted to the Sibyl have been worldwide acclaimed.”
Autres références disponibles via la base de
données de Todd McComb/ Other available references via
Todd McComb's database:
(Site: http://www.medieval.org)
Re:
Date de création de cette
fiche: 08/09/2011
Dernière
mise à jour de cette fiche:
2011-12-28
This page was first published on:
09/08/2011
This page
was updated on:
12/28/11
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El Cant De La Sibil•la - Montserrat Figueras (Soprano), La Capella Reial De Catalunya, Jordi Savall
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