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Diapason # 621 (02/2014)
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Nibiru
 NIB0158



Code-barres / Barcode: 8595056601582 (ID372)

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Appréciation d'ensemble:

Analyste:  Gaëtan Naulleau
 

Pénitence ou gloire éclatante ? Sur quel pied danser dans un Kyrie destiné au matin de Pâques et à la fastueuse cour de Dresde ? Zelenka répond en virtuose de la rhétorique au début d’une messe de 1726, inédite et réjouissante : entrée tambour battant avec trompettes ponctuée par les acclamations du choeur, puis une dissonance a priori anodine s’immisce dans le tableau, l’amplifie et peu à peu fait basculer le caractère. Quand les solistes prennent la parole, une minute après le début du mouvement, la prière intime a déjà pris le dessus, sans rupture.

La Missa paschalis porte partout l’empreinte d’un brillant stratège musical. Zelenka jongle avec les figures obligées et cultive l’illusion d une écriture simple, sans arrière-pensée, pour prendre 1’auditeur par surprise avec un changement d’idée discret ou brusque, une queue de poisson harmonique, ou à l’inverse en ressassant un motif que l’on croyait épuisé : l’introduction télescopique du Gloria cumule les séquences de telle sorte qu’on se demande quand le choeur va surgir enfin. La messe s’articule en numéros brefs (une minute trente en moyenne) mais s’unifie par un souffle constant — souffle qui repose aussi sur la direction généreuse d’Adam Viktora, décidément parfait à chaque étape de cette série (cf no. 546 et 589). Avec son orchestre chamarré (fantastiques trompettes des frères Rux), la partition tend un miroir aux grandes fresques du baroque allemand et autrichien. Elle nous renseigne aussi sur les goûts de la cour saxonne peu de temps avant que Bach lui adresse le Kyrie et le Gloria (1733) de ce qui deviendra la Messe en si.
Un événement majeur survient entre la Missa paschalis et l’envoi de Bach : le grand Hasse gagne Dresde et fait un tabac avec l’opéra Cleofide (1731), emblème du style galant venu de Naples. Bach retient la leçon dans le Christe de sa messe. Zelenka aussi, comme en témoignent les Litanies de 1735. Le catalogue des apôtres, disciples, évangélistes, saints martyrs et docteurs, évêques et confesseurs, prêtre et lévites... et des exhortations prend la forme d’un savoureux mélange des styles, où l’extravagant et l’archaïque (fugue chromatique, mouvement sur cantus migrans) côtoient des airs charmants très ouvragés. Interprétation au diapason de cette musique: généreuse.

 


 

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