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Diapason # 183 (06/2016)
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Analyste: David Loison

DANS LE LABYRINTHE INFINI D’UNE MUSIQUE PLUS BAROQUE QUE JAMAIS

 

Olivier Vernet nous entraîne dans le tourbillon de cette musique d’Allemagne du Nord de la fin du XVIIe siècle marquée par le stylus fantasticus. L’imagination est au pouvoir et les doigts à la fête.

 

On ne peut s’empêcher d’éprouver une réelle empathie pour ce stylus fantasticus qui imprègne la littérature d’orgue d’Allemagne du Nord au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles : un style fait de lignes brisées dans lequel l’accessoire tend vers l’essentiel, la folie semble l’emporter sur la raison. Après un disque déjà magistral réalisé il y a vingt-cinq ans pour REM, Olivier Vernet renouvelle son interprétation des intégrales de Hanff et Kneller et Bruhns (le plus grand des trois). La prise de son s’est rapprochée de l’instrument et l’orgue Aubertin de Vichy a été abandonné pour celui, historique, de Marienmünster, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie: il en résulte une version plus abrupte, plus crue, plus déroutante encore que la précédente.

Dans les préludes de Bruhns, tout n’est que tourbillons, oppositions, traits fuyants. Les dynamiques de l’orgue de Möller de Marienmünster (1738) soulignent les arêtes vives qui séparent les phrases musicales. Ses jeux solistes font s’élever les arabesques homophoniques en volutes infinies. La prise de son, particulièrement réaliste, permet d’apprécier autant le timbre de l’instrument que la clarté des plans sonores, subtilement agencés par Olivier Vernet. Il exploite pleinement les licences rythmiques, fait chanter le superius non sans quelques divagations. Les fugues de Bruhns et de Kneller s’égaillent ici dans des chemins sans destination. Chez Hanff, le thème du choral émerge de la polyphonie des sentiments. L’humanité se chante alors plaintive, effacée, discontinue.

Dans ce répertoire, Olivier Vernet se montre à la fois plus vif et plus fin que Bernard Coudurier (BNL). Mais c’est à Bernard Foccroulle (Ricercar) qu’il se compare pleinement. Celui-ci aborde Bruhns avec une émotion plus contenue qui se révèle tout aussi expressive. Dans les deux cas, le théâtre est bien là, telle une dramatique de l’élan interrompu, d’une humanité en proie à ses contradictions que seule la parole du choral unifie.


 

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