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Diapason # 647 (06/2016)
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Mirare 
MIR285




Code-barres / Barcode : 3760127222859(ID569)

Appréciation d'ensemble:

Outil de traduction ~ (Très approximatif)
Translator tool (Very approximate)
 

Analyste: Gaëtan Naulleau

L’impressionnante armada de jeunes clavecinistes que rien n’effraie, pas moins à l'aise avec les dentelles de Sweelinck qu’avec le Fandango de Soler, qui ornent comme ils respirent, et qui respirent large, donne le tournis et nous ferait presque oublier qu'un Pierre Hantaï domine aujourd’hui son instrument comme personne. Domine ? Mieux: invente. De son maître Leonhardt il a reçu, plus qu'un livre de recettes, l'art de poser lui‑même les règles du jeu, en essayant tout ce que le clavecin permet, en combinant avec autant d’art que d’imagination tout ce qui peut agir sur l’auditeur (rubato, diction, ponctuations, résonances propres à tel instrument). Car au clavecin il convient de tricher, de mimer sans cesse une variété que sa mécanique ne traduit qu’à contrecoeur Et personne ne triche comme Hantai. Du propos expérimental et obsessionnel de Scarlatti il a fait son propre laboratoire, baigné dune lumière particulièrement chaude dans le cinquième opus qu’il lui consacre (Astrée 1992, Mirare 2002, 2004 et 2005). Les volumes précédents, qui laissaient à chaque fois la jeune garde à genoux, faisaient la part belle aux caprices fiévreux et aux sonates d’une virtuosité féroce, balayant le clavier comme on gratte la guitare. S’îls sont plus rares aujourd’hui, la palette d'humeurs n'est pas moins large ni intense. Un petit relâchement de phrasé suffit à nous faire entendre, derrière la tendresse bienveillante d’un cantabile (K 144), la fierté d’un grand d’Espagne.

Scarlatti n’aime rien tant que « zapper », nous dit Hantaï (cf Interview …), qui mairie la télécommande en prestidigitateur : tout l’art est ici de partager avec l'auditeur la stupeur, le doute, l’impatience, la fierté, la résistance, le désir d’un motif nouveau. Ou l'agacement, la fascination, la candeur; Lobstination lasse ou cruelle, d’une répétition. L’entrée en matière est un coup de maître : la K 212 déroule d’abord une guirlande de doubles croches, scintillante, étirée, interminable... Virage serré à mi‑parcours, puis toute la deuxième partie voit des ombres prendre le dessus et gagner la guirlande, qui ne retrouve sa lumière qu'une poignée de secondes avant l'accord final. La musique qui se présentait comme la plus bavarde et confortable nous a plongé dans une délectable insécurité. Le disque peut commencer.

 

 

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