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Diapason # 617 (10/2013)
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ZigZag
ZZT327




Code-barres / Barcode: 3760009293274 (ID342)

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Appréciation d'ensemble:
Analyste:  Gaëtan Naulleau


 

Le mois dernier, le riche dossier de l’ami Roger-Claude Travers vous disait tout sur Corelli. Tout sauf le témoignage étrange d’un contemporain du maître romain : « Je n’ai jamais rencontré personne qui laisse autant les passions l’emporter quand il joue du violon [ . .1 ; le visage convulsé, roulant des yeux comme s’il était au supplice, il se donne tant à ce qu’il est en train de faire qu’il ne semble plus être le même homme.»

Est-ce bien là une description de l’Orphée (arc)angélique du violon fêté dans toute l’Europe, épris de formes harmonieuses, polissant et retouchant sans cesse la partition ? Docteur Jekyll et Mister Hyde ? Les deux images ne sont plus incompatibles quand un interprète les superpose avec le talent d’Amandine Beyer, qui donne ainsi aux douze concertos une densité peu commune - ce qu’on ne pouvait pas dire de l’intégrale récente par l’Ensemble Avison (cf n° 615). On devine bien sûr l’héritage de Chiara Banchini, qui a profondément repensé l’interprétation de Corelli, et trouvé en Beyer sa plus brillante disciple. En 1991, Banchini ressuscitait dans l’Opus 6 l’orchestre romain dans lequel Corelli a pu réunir pour certaines festivités quatre-vingt musiciens (dont dix contrebasses !).

L’Ensemble 415 en grande pompe faisait l’expérience d’un mélange grisant d’opulence et de sensualité, mais aussi d’une répartition des tâches : un ancrage très sonore et résonnant des basses, sur lequel les violons peuvent laisser flotter leurs volutes en oubliant plus ou moins la barre de mesure. Beyer a retenu la leçon, même si elle emploie un effectif plus habituel (dix-huit musiciens), au son forcément moins profond, forcément plus mobile, qui lui permet ’aller très loin dans les raffinements du travail d’ensemble. Dans les allegros vifs au rebond large, ses Incogniti jouent à merveille de l’opposition entre l’élan harmonique des basses et les pirouettes légères, presque accessoires, des violons. C’est très habile aussi dans les danses. La perspective peut s’inverser ; alors l’orchestre amplifie avec une douce emphase le discours des violons solos (Helena Zemanova, Yoko Kawakubo, Flavio Losco et Alba Roca alternent au côté de Beyer, tous magnifiques). Pas de chef ici, mais du théâtre à revendre dans les clairs-obscurs du Concerto pour la nuit de Noël ou les ruptures du premier. On se pâme dans des largos et adagios, sans oublier de dialoguer, en rivalisant de subtilité pour déjouer les symétries par des rubatos, des nuances, des arabesques ornementales qu’un violon murmure et que son complice amplifie, snobe ou déforme. Le visage convulsé ? Peut-être pas, mais l’archet à fleur de peau. Chef-d’oeuvre. 

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